Avis
Avis des lecteurs
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La vie..
Voici un livre léger qui traite de sujets graves. A travers l’histoire de Missy, qui s’appelle en réalité Marietta et qui se renommera elle-même Taylor pour définitivement tourner la page de son passé lorsqu’elle aura quitté son État natal, nous voilà confrontés aux grossesses non désirées de jeunes adolescentes, aux violences conjugales, à la maltraitance infantile, au sort dramatique des réfugiés politiques, aux questions de justice sociale et aux choix de vie des uns et des autres. Pour raconter ces sujets tragiques, beaucoup d’humour, des dialogues savoureux, un style naïf qui n’en a que l’air. On tourne les pages sans problème, tellement le livre est prenant ! Taylor, arrivée dans des contrées inconnues, a les yeux de l’ingénuité pour nous guider dans cette Amérique des années 80. Cette femme est pleine de vie et d’un naturel époustouflant. Il faut dire qu’elle a eu une chance immense en la personne de sa mère. « Il y avait deux choses chez maman. La première c’est qu’elle attendait toujours de moi le meilleur. Et la deuxième c’est que quoi que je fasse, quoi que je ramène à la maison, c’était comme si j’avais accroché la lune dans le ciel et éclairé toutes les étoiles. A ce point. » (page 21) Alice, la maman formidable, a élevé seule sa fille, comme Lou Ann, la nouvelle colocataire et amie de Taylor, élève seule son fils, abandonnée l’une comme l’autre à la naissance de leur enfant. Et puis il y a Mattie, femme énergique et indépendante, veuve qui répare et vend des pneus d’occasion, et qui s’occupe de faire pousser un jardin dans le désert et de loger clandestinement des réfugiés du Guatemala. Ces femmes ont une telle résilience, (mot galvaudé à la mode et qui pourtant leur convient si bien!) qu’on a du mal à les quitter, on aimerait continuer de partager leur quotidien comme avec des amies. L’auteur va encore plus loin pour traiter très finement du sujet de la maternité avec la petite Turtle. Taylor se retrouve avec dans les bras une petite indienne d’à peine 3 ans, abandonnée sur le siège passager de sa voiture. Elle n’a d’autre choix que de la nourrir et de lui trouver un toit pour dormir. Comment « la chose » devient « une fille » puis « sa fille ». Très beau premier livre de Barbara Kingsolver, qui écrira 35 ans plus tard le prix Pulitzer 2023 " On m’appelle Demon Copperhead » que je recommande également.
SELLAMI AIDA - Le 18 mars 2026 à 17:33