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Bleus, blancs, rouges 01
Bleus, blancs, rouges, [1], roman / Dierstein, Benjamin. Auteur
Livre
Edité par Flammarion. Paris - 2025
Printemps 1978. Jeunes inspecteurs que tout oppose, Marco Paolini et Jacquie Lienard sont sur les traces de Geronimo, un trafiquant d'armes formé par les Cubains et les Libyens. Le brigadier Jean-Louis Gourvennec participe à la traque en infiltrant un groupe proche d'Action directe, tandis que le mercenaire Robert Vauthier est lui aussi bientôt confronté au criminel. Prix Landerneau polar 2025.
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Avis des lecteurs
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C'était pas mieux avant...
Les années de plomb, alors que je sortais de l’adolescence… C’est comme si Dierstein me racontait une partie de mon histoire que je n’ai pas connue.. Giscard homme à femmes ? Pour moi il était ce président raide qui parlait si lentement et de façon tellement ampoulée à la télé. Impossible de l’imaginer dans des ébats érotiques ! Delon ami des truands qu’il finance allègrement ? J’étais juste fascinée par sa beauté un peu glacée et son histoire avec Romy Schneider. Autant d’attentats en France ? Je n’en ai qu’un très vague souvenir… Dierstein qui a fait un travail d’enquêtes et de documentation remarquable, dit qu’il y en avait plusieurs centaines par an en France… Et que c’était encore pire en Allemagne et en Italie. Bref, « Bleus blancs rouges » me parle d’une époque que j’ai vécue mais que je n’ai pas connue, et c’est une très belle découverte que ce livre autour duquel je tourne depuis plusieurs mois. Deux ans de travail acharné de documentation et de recherches, c’est à saluer ! Tout lire, tout ingurgiter, tout trier, puis reprendre à son compte ce qu’il va intégrer à son roman, parce que ça reste un roman, c’est une entreprise colossale que j’admire. Arriver ensuite à garder ce travail de documentation comme un fond d’écran historique, utile, précis, nécessaire, sans entraver le récit fictif, c’est aussi une belle réussite de l’auteur. Les personnages qu’il a créés existent bien, on les suit sur 800 pages sans se sentir envahi par un didactisme trop prégnant. Très belle réussite. Les personnages principaux sont quatre, une femme et trois hommes, trois policiers et un truand. C’est curieux comme aucun n’est vraiment sympathique. Dierstein n’est pas un auteur de romance, il ne nous fait pas rêver, il n’y a pas de héros à admirer et pour qui trembler dans cette histoire, juste des hommes et des femmes qui vivent sous nos yeux. Jacquie et Marco sont deux jeunes inspecteurs carriéristes aux dents longues, qui se détestent parce que tous deux briguent la première place : à l’école dont ils sortent en juin 1978, puis dans le choix du service le plus prestigieux où travailler, puis devant les caméras télé et les responsables hiérarchiques et politiques. Gourv est aussi policier, mais rien à voir avec les précédents : traumatisé dès les événements de mai 68 alors qu’il était jeune recrue et qu’il a vu mourir dans ses bras son supérieur hiérarchique, il est embauché par Jacquie dix ans plus tard pour infiltrer des groupes d’ultra gauche. Vauthier est un drôle de personnage : ancien de l’armée sous les ordres du général De Gaulle, garde du corps d’Omar Bongo, garde du corps de Giscard, garde du corps de Delon, proche d’un colonel du SDECE (service de renseignements extérieur français) pour qui il continue de travailler occasionnellement, il est aussi ami avec des chefs truands et aspire à prendre sa retraite de mercenaire en régnant sur la nuit parisienne avec son lot de drogues et prostitution. Les quatre personnages se retrouvent par un jeu de circonstances à tous rechercher le même homme, Geronimo, celui dont personne ne connaît l’identité alors qu’il court la planète pour armer tous ceux qui veulent commettre des attentats en France. J’ai lu ce pavé pendant les manifs d’octobre en France, lycéens, étudiants, gilets jaunes, syndicats, et les débordements qui s’en sont suivis (blacks blocks, CRS, cassages et vandalismes, …), c’était fascinant de comparer les deux périodes puisque le livre commence par les manifs sanglantes de main 68 et se poursuit dix ans après avec des cassages de vitrines, des attentats contre les structures étatiques, des enlèvements parmi les dirigeants capitalistes, des assassinats de la RAF (fraction armée rouge allemande), des actions violentes du SAC (police parallèle qui fait ce que la police ne peut pas faire) contre les syndicats et les hommes de gauche. Sur le plan international, ce n’était pas le détroit d’Ormuz qui rendait l’essence chère comme aujourd’hui, mais le premier choc pétrolier de 1973, crise mondiale des prix du pétrole suite à la guerre qui opposait Israël à une coalition arabe. Bref, ce livre m’a judicieusement rappelé que d’abord, notre époque actuelle n’est pas la plus violente de ces 50 dernières années, et qu’ensuite les mêmes revendications et questions de société sont au cœur du débat actuel… Un côté rassurant pour la violence, un côté triste pour l’histoire qui bégaie. Dierstein nous décrit tout ce à quoi la police est confrontée dans les années 1978-1979 : mouvements indépendantistes basque, corse, breton ; mouvements révolutionnaires et actions des radicaux de gauche ; évasion de prison de Mesrine qui devient l’homme le plus recherché de France ; attentats de Libyens et du FLPL. Il nous fait aussi vivre le monde de la nuit : discothèques, boites de nuit, trafics de stupéfiants, proxénétisme, corruption de la police et des politiques, rivalités entre mafieux et règlements de comptes sanglants. Il nous raconte la fin de règne de Giscard et toutes les magouilles politiques de la Françafrique, dont les fameux diamants de Bokassa ou la mort de Robert Boulin. Il nous parle également de sexisme dans les rangs de la police, de racisme ambiant à tous les étages de tous les services de police et du SAC. Point d’angélisme, beaucoup de violence. Visiblement, l’auteur est un déçu des hommes politiques et de la police. Un point qui a fini par m’agacer, le style, que je dissocie de la trame de narration que j’ai bien aimée. Des dialogues toujours très crus, ça finit par devenir lourd, des répétitions dans la présentation des dialogues qui commencent et s’enchaînent sans fin par « il dit... », l’auteur ne cherche visiblement pas la finesse de ce côté là. Le style épouse la brutalité des protagonistes. Le livre s’arrête le 31 décembre 1979, suite dans le tome 2 de la trilogie…
SELLAMI AIDA - Le 01 novembre 2026 à 19:07